Jean Bart : le corsaire emblématique de Dunkerque

Jean Bart : l'histoire du célèbre corsaire dunkerquois
Un enfant de Dunkerque destiné à la mer
Jean Bart naît à Dunkerque le 21 octobre 1650, dans une ville dont l'existence est alors profondément liée à la mer, au commerce et à la guerre. Il grandit dans une famille de marins et de corsaires, où la navigation fait partie du quotidien. Son père, Jean-Cornil Bart, et sa mère, Catherine Janssen, ont huit enfants. Jean Bart est l'un d'entre eux. Les sources municipales de Dunkerque identifient bien Cornil et Catherine Janssen comme ses parents.
La famille Bart possède déjà une longue tradition maritime. Plusieurs membres de sa famille avant lui ont navigué, combattu ou pratiqué la course. Son père sert notamment au sein des forces navales des Provinces-Unies et meurt au combat contre les Anglais en 1668. Plusieurs de ses frères deviendront eux aussi corsaires.
Du côté maternel, la famille Janssen est également liée au monde maritime. Catherine Janssen est issue d'une famille dans laquelle on retrouve des capitaines corsaires et des négociants. Certaines sources généalogiques rattachent également la famille maternelle à des origines espagnoles. Jean Bart grandit donc dans un environnement où la mer n'est pas simplement un métier : elle représente à la fois un moyen de subsistance, une activité commerciale et un espace de guerre.
À seulement 12 ans, il prend la mer
Jean Bart commence à naviguer très jeune. À 12 ans, il devient mousse. Cette première expérience lui permet de découvrir concrètement la navigation et les côtes de la mer du Nord. Il apprend progressivement à connaître les courants, les ports, les bancs de sable et les côtes qu'il fréquentera durant toute sa carrière.
À cette époque, Dunkerque est un territoire stratégique disputé entre les grandes puissances européennes.
La ville a changé plusieurs fois de souveraineté au cours du XVIIe siècle avant de devenir définitivement française en 1662, lorsque Louis XIV la rachète aux Anglais. Pour le jeune Jean Bart, cette période constitue un véritable apprentissage de la mer et de la guerre.
Son passage dans la marine hollandaise
À l'âge de 16 ans, Jean Bart rejoint la marine hollandaise.
La France et les Provinces-Unies sont alors alliées contre l'Angleterre. Il sert notamment à bord du célèbre navire De Zeven Provinciën, sous les ordres du grand amiral néerlandais Michiel de Ruyter. Cette expérience lui permet d'acquérir une solide connaissance de la guerre navale. Mais quelques années plus tard, la situation politique change.
En 1672, la France entre en guerre contre les Provinces-Unies. Jean Bart choisit alors de revenir à Dunkerque et de combattre pour la France. Il devient corsaire.
Corsaire, mais pas pirate
Il est important de distinguer les deux. Un pirate agit pour son propre compte, sans autorisation officielle. Un corsaire, lui, reçoit une autorisation de son gouvernement pour attaquer les navires ennemis en temps de guerre.
Jean Bart agit donc dans le cadre de la guerre menée par la France. À partir de 1674, il commande des bâtiments corsaires et accumule rapidement les prises.
Entre 1674 et 1678, il aurait réalisé plus d'une cinquantaine de prises. Sa réputation grandit rapidement et ses talents attirent l'attention des autorités françaises.
De corsaire dunkerquois à officier de la Marine royale
Les exploits de Jean Bart finissent par attirer l'attention de personnages importants du royaume, notamment Jean-Baptiste Colbert et Vauban.
En 1679, il entre officiellement dans la Marine royale avec le grade de lieutenant de vaisseau. Il ne se contente alors plus de mener des opérations de course.
Il participe à différentes campagnes militaires, notamment en Méditerranée contre les Barbaresques, puis contre les Espagnols et les puissances maritimes ennemies de la France.
Son expérience de corsaire constitue un atout considérable : Jean Bart connaît parfaitement les méthodes de combat rapides, l'abordage et les opérations menées avec des bâtiments légers.
Une carrière remplie de combats
Au cours des années 1680, Jean Bart poursuit ses campagnes. Il participe notamment à des opérations en Méditerranée puis revient en mer du Nord.
En 1688, la France entre dans la guerre de la Ligue d'Augsbourg contre plusieurs puissances européennes.
Jean Bart devient alors l'un des principaux acteurs français de la guerre navale dans les eaux du Nord. Mais c'est en 1689 qu'il réalise l'un de ses exploits les plus célèbres.
L'évasion spectaculaire de Plymouth
En 1689, Jean Bart navigue avec le corsaire Claude de Forbin. Les deux hommes sont capturés par les Anglais et conduits à Plymouth.
La situation semble particulièrement difficile : Jean Bart est prisonnier sur le territoire ennemi. Mais il ne restera pas longtemps derrière les barreaux.
Avec l'aide d'un matelot et d'un chirurgien, Jean Bart et Forbin parviennent à préparer leur évasion.
Après plusieurs jours de captivité, ils réussissent à quitter leur prison à bord d'une petite embarcation.
La traversée de la Manche est extrêmement dangereuse. Jean Bart prend les rames et participe directement à la fuite.
Ils parviennent finalement à rejoindre les côtes françaises après une traversée de près de 300 kilomètres en moins de deux jours selon le récit conservé par Dunkerque Tourisme. L'évasion contribue encore davantage à construire la légende de Jean Bart.
1694 : la bataille du Texel
Mais l'événement qui va définitivement faire entrer Jean Bart dans l'histoire française survient en 1694. La France connaît alors une période de famine et de pénurie de céréales.
Jean Bart reçoit une mission particulièrement importante : escorter un important convoi de navires chargés de blé.
Le 29 juin 1694, au large de l'île du Texel, les Français découvrent que le convoi est menacé par les Hollandais. Jean Bart décide d'attaquer.
Plutôt que de compter uniquement sur son artillerie, il choisit une tactique qui lui est familière : l'abordage. Le combat est violent mais les Français remportent la victoire.
Jean Bart récupère le convoi de céréales et le ramène vers Dunkerque.
Cette victoire prend une dimension considérable dans un royaume touché par les pénuries alimentaires. La BnF référence la bataille du Texel comme une victoire navale française remportée par Jean Bart le 29 juin 1694.
L'exploit fait de lui un héros national.
Louis XIV l'anoblit
Pour récompenser son courage et son rôle dans la récupération du convoi de blé, Louis XIV anoblit Jean Bart en août 1694. Le simple corsaire dunkerquois devient ainsi un noble du royaume.
Il reçoit également la croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, distinction destinée à récompenser les services militaires. Son ascension est exceptionnelle.
Quelques décennies plus tôt, il était encore un jeune mousse naviguant au large de Dunkerque. Il est désormais l'un des officiers les plus célèbres de la Marine française.
Jean Bart contre les Hollandais
Jean Bart continue ses opérations en mer du Nord. En 1696, il remporte une nouvelle victoire importante contre les Hollandais.
Le 19 juin 1696, il attaque une flotte marchande ennemie et prend ou détruit plusieurs dizaines de navires. Larousse évoque plus de 80 navires marchands pris ou brûlés lors de cette opération.
Ses succès répétés montrent qu'il n'est plus simplement considéré comme un corsaire audacieux : il est devenu un véritable chef militaire.
Chef d'escadre
En 1697, Jean Bart atteint l'un des grades les plus importants de sa carrière : il est nommé chef d'escadre. Cette même année, il reçoit une mission diplomatique et militaire particulière.
Il doit escorter le prince de Conti, candidat au trône de Pologne, jusqu'à Dantzig. La mission est accomplie malgré la présence des forces ennemies en mer.
Il s'agit de la dernière grande campagne de Jean Bart.
Une famille entièrement tournée vers la mer
L'histoire de Jean Bart ne s'arrête pas avec lui. La tradition maritime de sa famille continue après sa mort.
Plusieurs de ses frères, notamment Cornil, Gaspard et Jacques Bart, deviennent eux aussi corsaires.
Son fils, François-Cornil Bart, poursuit une carrière dans la Marine royale et atteint lui-même le grade de vice-amiral du Ponant sous Louis XIV.
La famille Bart reste donc profondément liée à l'histoire navale française.
Les dernières années
À la fin de sa vie, Jean Bart reste installé à Dunkerque. En 1702, alors qu'une nouvelle période de guerre se prépare avec la guerre de Succession d'Espagne, il travaille à l'organisation d'une escadre. Mais son état de santé se dégrade.
Jean Bart contracte une pleurésie. Le célèbre marin s'éteint à Dunkerque le 27 avril 1702, à l'âge de 51 ans. La BnF confirme les dates de naissance et de décès du corsaire : 21 octobre 1650 et 27 avril 1702.
Les funérailles d'un héros
Jean Bart est enterré avec de grands honneurs dans l'église Saint-Éloi de Dunkerque.
Selon les récits historiques conservés par l'Office de Tourisme de Dunkerque, ses funérailles sont particulièrement solennelles et les canons retentissent pendant la cérémonie. Il est alors enterré au pied du maître-autel.
Mais l'histoire de sa tombe va connaître un épisode étonnant.
1928 : on retrouve les restes de Jean Bart
Plus de deux siècles après sa mort, l'emplacement exact de sa dépouille est oublié.
En 1928, des fouilles réalisées dans l'église Saint-Éloi permettent de retrouver ses ossements. Le docteur Louis Lemaire identifie les restes attribués au célèbre corsaire. Sa taille est alors estimée à environ 1,90 mètre.
Après leur découverte, ses restes sont exposés pendant plusieurs jours dans l'église avant d'être replacés dans un nouveau cercueil.
Jean Bart repose aujourd'hui toujours dans l'église Saint-Éloi, au niveau du chœur, au pied du maître-autel.
Un héros qui vit encore à Dunkerque
Plus de trois siècles après sa naissance, Jean Bart occupe toujours une place particulière dans l'identité dunkerquoise.
Sa statue, réalisée par le sculpteur David d'Angers, est inaugurée en 1845. Elle se trouve aujourd'hui sur la place Jean-Bart, au cœur de la ville.
Son nom est également présent dans de nombreux lieux de Dunkerque.
Et chaque année, pendant le carnaval, les Dunkerquois rendent hommage à leur célèbre corsaire autour de sa statue en chantant la célèbre Cantate à Jean Bart.
Jean Bart : du mousse au héros du royaume
L'histoire de Jean Bart est celle d'un homme qui a grandi dans une famille profondément liée à la mer et qui a commencé sa carrière comme simple mousse.
En quelques décennies, il est devenu corsaire, officier de la Marine royale, capitaine, chef d'escadre et enfin noble du royaume de France.
Son parcours est également celui d'une époque où Dunkerque se trouvait au cœur des rivalités navales européennes.
Jean Bart n'est donc pas seulement une figure de l'histoire dunkerquoise.
Il représente une époque où la mer du Nord était un immense champ de bataille commercial et militaire, où les navires marchands, les corsaires et les grandes marines européennes s'affrontaient pour contrôler les routes maritimes.
Et aujourd'hui encore, à Dunkerque, son nom reste indissociable de la mer.
Jean Bart est mort en 1702, mais le corsaire dunkerquois continue de naviguer dans la mémoire de sa ville.